Pourquoi j’ai switché pour un hybride

Je ne vais pas vous parler technique. Je ne vais pas vous bassiner avec la genèse des appareils photo, et pourquoi c’est plus pro de photographier avec ceci ou cela. Pas de graphique non plus comparant au dix-millième de seconde la réactivité de mise en marche ou le temps d’attente entre 2 photos. Tout ça existe déjà, c’est très bien fait, bien mieux que je ne pourrais le faire. Mais quand j’ai recherché sur le web des avis de photographes auxquels je pouvais m’identifier pour m’aider à avancer dans ma démarche : je switche ou je switche pas ? et bien c’était un peu le vide sidéral. Alors j’assume, ce post est complètement subjectif et partial, et pas du tout scientifique, mais il retrace ma démarche personnelle qui m’a faite abandonner mon reflex pour un hybride.

Pourquoi je suis tombé en désamour avec mon reflex

J’ai commencé la photo du temps de l’argentique. Un compact d’abord, un reflex ensuite, splendide eos 50 de chez Canon, et de beaux objectifs bien construits et lumineux. Le numérique arrivant, je reste chez Canon pour conserver mes objectifs pro, mais les prix du marché sont à la hausse alors mon portefeuille me contraint à descendre d’une gamme pour acheter un boitier de la série à 3 chiffres des EOS. Baisse de standing. En 2010, le milieu de la photo bouge beaucoup, et les prix du matériel s’envole, les gammes se renouvèlent rapidement mais sans grande innovations, en tout cas chez Canon, et je comprends mal ce qui justifie de gros écarts de prix entre les appareils d’entrée de gamme et ceux de milieu de gamme. Les capteurs sont souvent les mêmes, hérités de boitiers plus haut de gamme, les processeurs aussi, et bien armé avec un logiciel comme DxO, on peut facilement corriger les défauts du matériel et produire de très bonnes images. Je lisais d’ailleurs dans un récent chasseur d’images, qu’en dessous de format papier 20×30, il devenait aujourd’hui difficile de distinguer à l’œil nu les photos prises avec telle ou telle résolution. Ca tombe bien, mes clients sont plutôt des institutions qui utilisent mes images pour de la communication web, ou des publications type magazine. Mon dernier reflex était donc un boitier grand public, eos 1200D, soutenu toujours par mes objectifs pro. En photographiant en RAW et en développant dans DxO Pro, j’obtenais une qualité satisfaisante.

Mais voila, ma pratique photo a changée. J’ai une approche plus artistique de ma passion, moins orientée vers la production de commandes, de reportages, plus personnelle en somme. J’avais envie d’un appareil plus intime et moins imposant avec lequel j’aurais une relation qui me rappellerait mes premiers émois ressentis à manipuler un Leica M7 ; et rien dans le monde du reflex ne correspondait à cette envie. J’ai commencé à laisser de plus en plus souvent mon fourre-tout à la maison, et à ressentir une certaine frustration de ne plus créer, de devoir me contenter de mon smartphone quand je partais en billebaude, bref je n’aimais plus mon reflex, la passion n’était plus !

Comment j’ai finalement sauté le pas

Il s’en est suivi une longue période de remise en question autour de mes envies photographiques, des styles de photos que je voulais pratiquer, comment je voulais les pratiquer, et donc du matériel qui me serait nécessaire pour me satisfaire : En premier lieu, j’ai compris que je voulais que la qualité des images fournies par le capteur soient la meilleure possible. Ensuite que je voulais un ensemble boitier + objectif que je puisse facilement emmener avec moi. Enfin je souhaitais disposer d’un parc optique de qualité, si possible avec de beaux objectifs fixes. Le plus logique eu été de rester chez Canon pour conserver mes objectifs et faire ainsi baisser la facture de l’opération. L’Eos M5 m’a fait de l’œil pendant longtemps, même si la bague nécessaire à l’adaptation de mes objectifs lui faisait perdre sa compacité. Les Olympus me faisaient saliver, pour leur look et leur fonctionnalités introuvables ailleurs. Mais tout ça restait cher, et je ne parvenait pas à me décider, car rien ne me satisfaisait vraiment. Je me suis lancé dans les comparatifs de capteurs, trouvant des images RAW des Olympus, des Canon, et les développant en utilisant mon propre process pour voir ce que donnaient vraiment les images finales. Les capteurs micro 4/3 sont super bien optimisés, mais ils me laissent sur ma faim avec leur résolution un peu faiblarde. Le Canon présente un 24 Mpix vraiment très convaincant. Un accident est venu bousculer un peu mes réflexions et mon indécision : Mon 17-50 f2.8 a rendu l’âme … Une bête chute au retour d’une compétition de Tir à l’arc. Je l’ai immobilisé en position 43mm, mais il n’a fonctionné qu’un temps, et là c’était la tuile de trop, il était temps de passer à l’action. Une rencontre déterminante avec un photographe de talent, Pascal Montagne (allez voir son site, son travail est splendide),m’a permis de tenir dans mes mains un hybride Fuji, le fameux X100. Voila les sensations que j’attendais ! C’est beau, c’est bien construit et le capteur est exceptionnel … mais l’optique est fixe. Un dernier coup d’œil  mon porte monnaie et me voila chez Germain Photo, à Tours. J’avais choisi mon moment pour éviter l’affluence et avoir le temps de prendre mon temps avec un conseiller. Je suis tombé sur Marc, auquel j’ai présenté l’affaire comme suit :

« Je suis bien équipé en reflex apsc Canon, mais je voudrais passer aux appareils hybrides. Je fais un peu de photo pro pour des institutions, des équipes de sport, mais j’ai aussi beaucoup de projets perso qui touchent à tous les domaines de la photo. Il me faudrait un boitier polyvalent. Je n’ai pas d’idée préconçue sur une marque ou une autre, mais j’ai des exigences de qualité d’image et de compacité. Le micro 4/3 me parait le plus accessible en terme de prix, mais vous en pensez quoi ? »

Réponse de Marc :

« Au vu de vos pratiques, vous risquez d’être déçu par le micro 4/3 d’Olympus à cause de la résolution un peu étriquée du capteur. Je vous recommande plutôt la gamme Fuji. »

Nous y voila ! Fuji, je connaissais. Grâce à Pascal j’ai pu juger de la qualité des images et de la fabrication irréprochable, Pascal en parle comme d’un mini Leica. Mais ça me posait un soucis logiciel : DxO ne sait pas traiter spécifiquement les RAW de Fuji, et moi j’aime bien développer mes photos avec DxO … J’étais prêt à faire cette concession, espérant que Fuji propose un bon dé-rawtiseur dans son offre logiciel, et puis ce XT20 m’allait tellement bien au teint ! Mais Marc est un garçon plein de ressources … « Vous connaissez Sony ? » me demande-t-il en m’indiquant une vitrine à l’entrée du magasin. Oui, je connais Sony, merci Marc. Mais pour moi ça évoque plus la vidéo, l’Alpha 7 et les accessoires hors de prix. Ok, ça fait surement trop longtemps que je ne suis plus l’actu des marques. Sony a racheté le département photo de Minolta et travaille avec Zeiss pour construire certains des objectifs de sa gamme. Le décor est planté et l’eau commence à me venir à la bouche. Marc continue : « Sony monte les mêmes capteurs 24 Mpx que Nikon et Fuji, les autofocus sont parmi les plus rapides du marché et la gamme optique est très vaste, car les boitiers apsc acceptent aussi les objectifs 24×36, et sans avoir besoin d’adaptateur. C’est un peu plus cher que le micro 4/3 et Fuji, mais la qualité est là. »
Enfin une marque avait tout compris ! Et de sortir un Alpha 6000 de la vitrine, avec un objectif typé pancake. L’objet est beau, un délicieux design rétro, mais pas trop, du métal qui plait à mes doigts, et une taille slim qui me permet de le faire disparaître dans la poche de mon manteau. L’objectif est un 16-50 stabilisé et électrique ; Quésacko ? C’est comme un zoom de compact ? Lent et imprécis ? La panique commence à me gagner. Si prés du graal et devoir renoncer ? Vite un essai. Œil au viseur, je remarque à peine que c’est un écran que je regarde et non un prisme, je tourne la bague de l’objectif et la focale s’ajuste. Pas de bruit, pas de latence gênante. Le décalage entre le mouvement de la main et la réponse de l’objectif n’est pas marqué, c’est vraiment très très léger, et j’y suis aujourd’hui tout à fait habitué. Au passage je remarque que l’autofocus est très rapide, il accroche les piétons qui passent dans la rue, et les suit sans perdre le point à travers la vitrine. En intérieur c’est autant concluant. Je suis à l’aise, j’aime déjà ce petit boitier qui répond à toutes mes exigences : qualité des images, qualité de fabrication, parc optique polyvalent et qualitatif, autofocus rapide et précis, encombrement minimal. Reste la question du prix, qui conditionnera aussi le premier équipement, parce qu’un 16-50 3.5-5.6, on est d’accord, c’est un peu juste.

« Il n’y pas de soldes en ce moment sur Sony, mais il nous reste 2 packs de la précédente opération commerciale. Il comprend un alpha 6000, le 16-50, un 55-210, un 50 f1,8, une carte SD et une sacoche. » reprend Marc. « 799 euros le tout ». Quoi ? Il a oublié un 1 quelque part ! C’est même pas le prix du M5, c’est à peine plus cher que le OMD-EM-10 ou le GX80 avec un objectif … Je fais répéter à Marc, qui s’en amuse. Je résume : Un boitier + 3 objectifs dont un ultra lumineux + 1 carte SD + une sacoche au tarif des ensembles boitier + 1 objectif que je reluquais en vitrine en maugréant. C’est vrai les ouvertures des 2 zooms ne cassent pas des briques. Mais j’y gagne un 17-50 pancake idéal pour la billebaude, et je mise sur la qualité du capteur en hauts isos pour me tirer d’affaire.Le 50 mm assurera les prises de vues avec une qualité maximale. À noter au passage que les 2 zooms sont tout métal, ce qui est rare à notre époque et encore plus pour de l’entrée de gamme.

Je n’aime pas me décider vite, alors je me suis mis à essayer tous les objectifs compris dans le pack, à naviguer dans les menus pour au final sortir la carte bleue. C’était sans compter sur Marc qui revient vers moi : « On parle des reprises ? » Ok, voyons ce que mes objectifs peuvent faire pour alléger la facture … Je vous passe les détails, mais après une première estimation à 450€, le montant final de la reprise dépassera les 500€. Merci les objectifs qualitatifs !

Ce que je retiens

  1. Changer de technologie est très anxiogène, d’autant plus lorsqu’on a des commandes à honorer, et un budget serré qui ne donne pas droit à l’erreur. Mon conseil c’est d’aller essayer les boitiers et de discuter avec des personnes qui connaissent les gammes. Pas les enseignes comme la FNAC, où les personnes en rayon sont surtout des vendeurs, et où les batteries sont toujours à plat, mais si vous avez encore la chance d’en avoir près de chez vous, votre revendeur artisan. Un collègue photographe peut être aussi une excellente source d’info à condition de bien mettre en relation ses conseils et ses propres pratiques photographiques, les premiers découlant des secondes. Ah, et allez y en premier, pas la peine de laisser s’installer l’angoisse. J’aurais aimé que l’on me donne ce conseil au début de ma recherche !
  2. La lecture des tests et des comparatifs est beaucoup moins utile que ce que l’on pourrait penser. Ca donne des repères technologiques, une culture du matériel qui permet de discuter, de mettre en perspective les arguments d’untel ou d’untel, mais ça ne me parait vraiment pas déterminant ; en tout cas, pas à côté d’une vraie prise en main.
  3. Les marques veulent investir le secteur des hybrides, et il me semble qu’elles se livrent une guerre assez dure qui peut tourner à l’avantage du consommateur. Dans le pack que j’ai acheté, le 50mm vaut à lui seul 300€ en boutique. Certes l’alpha 6000 n’est pas le dernier sorti de la gamme, mais comparé à mon reflex précédent, il m’offre beaucoup plus. Il faut donc rester à l’affut des opérations commerciales et être prêt au bon moment.
  4. Pour être prêt au bon moment, il faut avoir fait le tour de ses propres attentes en amont. Dans mon cas, j’avais passé tellement de temps à cogiter que je savais quelles étaient les choses vraiment importantes pour moi, et celles sur lesquelles je pouvais transiger. Ainsi, démarrer avec des zooms d’entrée de gamme ne me gêne pas trop car le 50mm sera là pour assurer les photos avec une qualité maximale. Je sais aussi que la montée en iso que leur faible ouverture impose sera « compensée » par la qualité du capteur, et au besoin je sortirais l’arme spéciale DxO. Ca me donnera le temps d’économiser pour améliorer mon parc optique. J’ajoute que les 17-50 lumineux ont le désavantage d’être imposants, et je voulais vraiment avoir un objectif très discret pour avoir mon appareil le plus souvent possible avec moi.
  5. Ne pas négliger la valeur de son matériel. Les boitiers perdent vite de la valeur, mais les objectifs, eux, conservent un fort potentiel de reprise pour peu qu’ils soient en bon état et que vous ayez conservé les bouchons, les étuis etc.
  6. Et puis un peu de technique pour la fin ; plusieurs magazines photo reconnus titraient il y a peu : Mais que reste-t-il aux reflex ? J’adhère complètement après ces quelques semaines d’utilisation de mon hybride. D’après ce que montrent les tests, la partie autofocus des reflex resterait encore le point fort de ce système. D’après mes essais, mon alpha est plus rapide que n’importe lequel de mes reflex précédents, même avec le handicap des objectifs peu lumineux. Le nombre de zones autofocus est bien plus important et j’imagine que des algorithmes ont été développés spécifiquement. L’important c’est que ça marche et que mon enveloppe budgétaire ne m’aurait jamais permis de trouver un équivalent dans la gamme reflex Canon, qui sort encore aujourd’hui des boitiers avec … 9 pauvres collimateurs autofocus. Mon alpha 6000, qui doit être sorti en 2015 je crois, m’en donne plus de 150 !

Bref, la technologie des hybrides est au point maintenant, et des boitiers haut de gamme se montrent très supérieurs à leurs homologues disposant d’un prisme. Il faut toutefois vérifier que l’on est à l’aise avec la visée mirrorless, qui nous montre l’image non plus au travers d’un pentaprisme, mais sur un écran. On y gagne les possibilités plus ou moins étendues d’affichage des informations annexes à la prise de vue, mais c’est un vrai changement d’habitude. C’est peut-être, au fond, le seul vrai changement qui peut s’avérer perturbant. Moins d’encombrement, plus de fonctions, plus de qualité, une ergonomie proche de ce que je connaissais, le bilan est très positif et après avoir souffert dans l’indécision, je goute au plaisir retrouvé des belles images léchées.

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